Martin, vous prenez la présidence de l’Aquarium de la Guadeloupe après plus de 40 ans de gestion familiale : qu’est-ce que cela change concrètement dans votre manière d’aborder les coulisses de l’établissement et la continuité de cette aventure 100 % caribéenne ?
Cette reprise est avant tout une histoire de famille. Avec mon frère Thomas, nous sommes nés en Guadeloupe et nous avons grandi avec l’Aquarium. Nous sommes un peu « tombés dedans petits », grâce à notre père qui nous a transmis son amour de la mer.
Reprendre aujourd’hui l’Aquarium a donc une signification particulière. C’est une façon de prolonger cette passion qui nous accompagne depuis toujours et de continuer à faire vivre un lieu qui fait partie du patrimoine guadeloupéen depuis plus de quarante ans.
Nous avons énormément de respect pour tout ce qui a été construit. Notre ambition n’est pas de tourner une page, mais de poursuivre cette histoire en apportant notre énergie, notre vision et en préparant l’Aquarium aux défis de demain.
Voir nos récifs se dégrader et notre biodiversité devenir plus fragile nous conforte dans cette conviction : un aquarium a un rôle qui va bien au-delà de la découverte. Il doit transmettre la connaissance, susciter des vocations et contribuer, à son échelle, à préserver le patrimoine marin caribéen pour les générations futures.
On imagine souvent l’aquarium comme un lieu de visite ludique, mais on connaît peu la réalité opérationnelle : à quoi ressemble une « journée type » dans les coulisses, entre gestion de 450 000 litres d’eau de mer, bien-être animal, maintenance technique et accueil du public ?
Lorsque les visiteurs arrivent, ils découvrent les bassins, les poissons et les coraux. En revanche, tout le travail réalisé en coulisses est quasiment invisible… et c’est précisément ce qui fait fonctionner un aquarium.
Notre priorité est le bien-être des animaux. Chaque journée est rythmée par le suivi de la qualité de l’eau, l’alimentation, l’observation du comportement des espèces, les soins, la maintenance des installations et le contrôle permanent de tous les paramètres qui garantissent leur équilibre.
La particularité de notre métier est que nous travaillons avec du vivant. Chaque espèce possède ses propres besoins et le moindre déséquilibre peut avoir des conséquences importantes. Cela demande une vigilance permanente et une équipe très impliquée.
Un aquarium ne s'arrête jamais. Nous accueillons des visiteurs toute l’année, mais les animaux ont besoin d’attention 365 jours par an. Derrière les portes techniques, les équipes sont donc présentes chaque jour, y compris les week-ends et les jours fériés.
Avec près de 80 espèces de poissons, 50 espèces de coraux et un centre de soins pour tortues marines unique dans les Petites Antilles, quels sont aujourd’hui vos plus grands défis scientifiques et logistiques pour concilier conservation, reproduction des espèces locales et contraintes d’un site touristique très fréquenté ?
Avec près de 200 espèces de poissons, une trentaine d’espèces de coraux et un Centre de Soins pour les tortues marines unique dans les Petites Antilles, notre principal défi est de mieux comprendre les espèces que nous accueillons.
La reproduction des espèces marines reste un domaine complexe. Chaque espèce possède son propre cycle biologique, ses comportements et ses exigences. Nous travaillons notamment sur la collecte des œufs de certaines espèces de poissons afin de mieux comprendre leurs cycles de reproduction, notamment leur lien avec les cycles lunaires, et de développer progressivement des protocoles adaptés.
Nous souhaitons aller encore plus loin dans cette démarche, en développant des projets de recherche, de reproduction et de conservation. Pour cela, il est essentiel que ces projets puissent voir le jour. La réglementation est naturellement indispensable pour protéger les espèces, en particulier les espèces protégées, mais elle peut aussi rendre certaines démarches scientifiques particulièrement difficiles. Il est important de trouver un équilibre afin que la protection des espèces s'accompagne également d'une meilleure connaissance de leur biologie.
Enfin, il faut réussir à faire cohabiter ces missions scientifiques avec l’accueil de plusieurs milliers de visiteurs tout au long de l’année. C’est tout l’équilibre d’un aquarium moderne : être à la fois un lieu de découverte, un outil scientifique et un établissement où le bien-être animal reste la priorité.
L’aquarium a été entièrement rénové en 2018 pour devenir plus moderne et interactif : quels choix structurants ont été faits à ce moment-là, et quels ont été les défis, techniques ou humains, pour faire cohabiter haute technologie, pédagogie et réalité des écosystèmes caribéens ?
En 2018, l'objectif était de repenser l'Aquarium dans son ensemble. Il ne s'agissait pas uniquement de moderniser les espaces visibles par le public, mais aussi de faire évoluer les installations techniques pour répondre aux exigences d'un aquarium moderne.
Nous avons entièrement revu le parcours de visite autour des cinq grands écosystèmes de la Caraïbe. Plutôt que de présenter des espèces les unes à côté des autres, nous avons souhaité raconter une histoire. Au fil de la visite, le public découvre comment ces écosystèmes fonctionnent, les liens qui existent entre eux et le rôle de chacun dans l'équilibre du milieu marin.
Cette rénovation a également permis de renforcer la dimension pédagogique avec de nouvelles animations et des dispositifs interactifs, en particulier pour les plus jeunes. Les retours des visiteurs nous confortent dans ce choix : beaucoup nous disent qu'ils repartent en ayant réellement compris le fonctionnement des écosystèmes caribéens, au-delà de la simple découverte des animaux.
Cette transformation n'aurait pas été possible sans le soutien de la Région Guadeloupe et du FEDER, que nous remercions. Leur accompagnement a permis à l'Aquarium de franchir une étape importante dans son développement.
Vous hébergez et financez Karet et l’École de la Mer : comment s’articule, dans les coulisses, la relation entre ces missions de soin, d’éducation et de sensibilisation, et les impératifs économiques d’un équipement qui reste le musée le plus visité de Guadeloupe ?
L'Aquarium a toujours considéré que sa mission allait au-delà de l'accueil du public. C'est dans cet esprit que nous avons créé deux associations complémentaires.
La première est l'École de la Mer. Chaque année, elle sensibilise entre 10 000 et 15 000 jeunes Guadeloupéens à travers des visites guidées, des ateliers scientifiques, des sorties sur le terrain et des interventions dans les établissements scolaires. Son objectif est de donner aux jeunes les clés pour mieux comprendre leur environnement marin et l'importance de le préserver.
La seconde, IGREC MER, porte davantage le volet scientifique. Elle accompagne des projets autour de la connaissance, du suivi et de la restauration des écosystèmes marins caribéens.
Ces missions demandent du temps, des moyens et une capacité à développer des projets sur le long terme. Aujourd'hui, l'un des enjeux est aussi de réussir à faire émerger ces actions dans un cadre réglementaire de plus en plus complexe. La réglementation est indispensable pour protéger les espèces et les écosystèmes, mais elle peut parfois rendre difficiles la mise en place de certains projets scientifiques, notamment lorsqu'ils concernent des espèces protégées. Il est important de trouver un équilibre pour que les acteurs engagés dans la conservation puissent continuer à étudier, comprendre et agir concrètement.
Ces deux structures sont financées grâce à l'activité de l'Aquarium. Pour nous, l'activité touristique n'est pas une finalité : elle est un moyen de financer des missions d'intérêt général en faveur de l'éducation, de la recherche et de la préservation du patrimoine marin.
En regardant vers les dix prochaines années, quels sont, selon vous, les enjeux majeurs pour l’Aquarium de la Guadeloupe : adaptation au changement climatique dans la Caraïbe, évolution du modèle économique, nouveaux outils immersifs, coopération régionale… et comment vous y préparez-vous dès maintenant ?
Dans les dix prochaines années, l’enjeu pour l’Aquarium sera de continuer à évoluer pour répondre aux nouveaux défis du milieu marin, tout en renforçant son rôle auprès du public, des jeunes générations et des acteurs scientifiques.
Nous avons engagé une réflexion importante autour de l’avenir de l’établissement. Cette évolution passe d’abord par une amélioration de nos installations techniques, car un aquarium moderne repose avant tout sur des équipements performants permettant de garantir les meilleures conditions possibles pour les animaux que nous accueillons. La qualité de l’eau, les systèmes de filtration, les équipements liés aux coraux ou encore les espaces techniques sont des éléments essentiels qui doivent continuer à évoluer.
Nous souhaitons également poursuivre la modernisation du parcours de visite avec de nouveaux outils immersifs et pédagogiques. L’objectif n’est pas d’ajouter de la technologie simplement pour être moderne, mais de trouver de nouvelles façons de transmettre un message, de faire comprendre le fonctionnement des écosystèmes caribéens et de sensibiliser davantage les visiteurs aux enjeux de préservation.
Nous voulons rester fidèles à notre identité : un aquarium qui présente uniquement la faune caribéenne et qui permet de mieux comprendre la richesse de nos propres écosystèmes.
Dans les années à venir, nous souhaitons aussi renforcer la dimension scientifique de l’Aquarium, en développant nos capacités d’accueil pour des projets de recherche, de reproduction et de conservation. Face aux évolutions que connaissent nos océans, les aquariums auront certainement un rôle croissant à jouer pour mieux comprendre certaines espèces et participer à leur préservation.
Enfin, nous souhaitons continuer à développer notre rôle éducatif, notamment à travers l’École de la Mer, afin de sensibiliser toujours plus de jeunes Guadeloupéens à la richesse et à la fragilité de leur environnement marin.
Notre ambition est de faire évoluer l’Aquarium de la Guadeloupe vers un véritable pôle caribéen de découverte, de pédagogie, de recherche et de conservation, tout en restant un lieu accessible et apprécié du grand public.
Pour conclure, quel message aimeriez-vous adresser aux Guadeloupéens et aux visiteurs de passage sur leur rôle dans la protection du milieu marin caribéen, et en quoi une visite de l’aquarium peut être, au-delà du loisir, un véritable acte d’engagement ?
Dans les dix prochaines années, l’enjeu pour l’Aquarium sera de continuer à évoluer pour répondre aux nouveaux défis du milieu marin, tout en renforçant son rôle auprès du public, des jeunes générations et du monde scientifique.
Cette évolution passe d’abord par une amélioration continue de nos installations techniques. Un aquarium moderne repose avant tout sur des équipements performants : qualité de l’eau, systèmes de filtration, équipements dédiés aux coraux ou encore espaces techniques. Ces éléments sont essentiels pour garantir les meilleures conditions possibles aux espèces que nous accueillons et accompagner nos futurs projets.
Nous souhaitons également poursuivre la modernisation du parcours de visite avec de nouveaux outils immersifs et pédagogiques. L’objectif n’est pas d’ajouter de la technologie pour la technologie, mais de trouver de nouvelles façons de transmettre un message, de rendre les écosystèmes caribéens plus compréhensibles et de renforcer la sensibilisation des visiteurs.
Nous voulons aussi développer davantage la dimension scientifique de l’Aquarium. En tant que seul aquarium de la Caraïbe française, nous avons une responsabilité particulière pour mieux connaître et valoriser notre patrimoine marin. Nos installations nous permettent de recréer des conditions proches du milieu naturel, notamment en maîtrisant la qualité et la température de l’eau, ce qui constitue un véritable atout pour les années à venir dans les domaines de la conservation, de la reproduction et de la recherche scientifique.
Nous souhaitons également mettre davantage nos équipements à disposition des chercheurs et des scientifiques qui travaillent sur les espèces et les écosystèmes caribéens, afin de contribuer à une meilleure connaissance du milieu marin.
Enfin, nous souhaitons continuer à renforcer notre rôle auprès de la population, notamment à travers l’École de la Mer, mais aussi en ouvrant davantage l’Aquarium au partage des connaissances. Nous organisons déjà deux conférences gratuites par mois, ouvertes aux Guadeloupéens, afin de permettre au public de rencontrer des spécialistes, d’échanger avec eux et de mieux comprendre les enjeux liés au milieu marin.
Notre ambition est de continuer à améliorer l’Aquarium de la Guadeloupe, avec humilité, dans la continuité du travail réalisé depuis plus de quarante ans. Nous avons conscience de l’héritage qui nous a été transmis et notre objectif est de poursuivre cette aventure en apportant notre énergie, nos idées et notre vision, tout en restant fidèles à l’esprit qui a toujours animé ce lieu.
Notre ambition est de faire évoluer l’Aquarium de la Guadeloupe vers un véritable pôle caribéen de découverte, de pédagogie, de recherche et de conservation, tout en restant un lieu accessible et apprécié du grand public.
Pour en savoir plus : https://aquariumdelaguadeloupe.com